Les kystes
de Tarlov

Les kystes de Tarlov sont des dilatations remplies de liquide céphalo-rachidien, situées au contact des racines nerveuses, le plus souvent au niveau du sacrum. Longtemps considérés comme de simples curiosités anatomiques, ils peuvent, chez certains patients, provoquer des douleurs invalidantes. Cette page explique ce que sont ces kystes, comment ils se diagnostiquent, et la technique que j'ai développée pour les traiter.

IRM illustrant des kystes de Tarlov
Comprendre les kystes de Tarlov

Décrits en 1938 par le neurochirurgien américain Isadore Tarlov, ces kystes (également appelés kystes périneuraux ou kystes méningés sacrés) sont des dilatations de l'enveloppe des racines nerveuses, remplies de liquide céphalo-rachidien : le liquide dans lequel baignent le cerveau et la moelle épinière. Ils se forment le plus souvent au niveau du sacrum, à la base de la colonne vertébrale.

Ils sont fréquents : une méta-analyse portant sur plus de 13 000 personnes retrouve des kystes de Tarlov chez environ 4 % de la population générale, avec une fréquence plus élevée en Europe (environ 6 %) et chez les femmes [1][1] Klepinowski T, Orbik W, Sagan L. Global incidence of spinal perineural Tarlov's cysts and their morphological characteristics: a meta-analysis of 13,266 subjects. Surg Radiol Anat. 2021 Jun;43(6):855-863. doi: 10.1007/s00276-020-02644-y. PMID: 33452905., et certaines séries d'IRM rapportent jusqu'à 9 % de kystes sur l'ensemble de la colonne [2][2] Burdan F, Mocarska A, Janczarek M, Klepacz R, Łosicki M, Patyra K, Brodzik A, Kiszka J, Chruścicka A, Żelazowska-Cieślińska I, Starosławska E. Incidence of spinal perineurial (Tarlov) cysts among East-European patients. PLoS One. 2013 Aug 5;8(8):e71514. doi: 10.1371/journal.pone.0071514. PMID: 23936511. et 13 % de kystes sacrés chez l'adulte [3][3] Kuhn FP, Hammoud S, Lefèvre-Colau MM, Poiraudeau S, Feydy A. Prevalence of simple and complex sacral perineural Tarlov cysts in a French cohort of adults and children. J Neuroradiol. 2017 Feb;44(1):38-43. doi: 10.1016/j.neurad.2016.09.006. PMID: 27836653.. Dans la grande majorité des cas, ils sont découverts par hasard sur une IRM et ne provoquent aucun symptôme : seule une petite minorité des kystes devient un jour symptomatique. Un kyste silencieux ne nécessite aucun traitement, seulement d'être connu.

Infographie anatomique du kyste de Tarlov
Infographie anatomique du kyste de Tarlov
Quand le kyste devient maladie

Chez certains patients, le kyste se remplit sous l'effet des pulsations du liquide céphalo-rachidien, grossit, et finit par comprimer les racines nerveuses voisines. Les signes les plus fréquents :

Ces symptômes, souvent fluctuants, peuvent devenir profondément invalidants et retentir sur la vie professionnelle, sociale et intime. Les femmes sont nettement plus souvent touchées que les hommes.

Sortir de l'errance diagnostique

Parce que ces kystes sont fréquents et le plus souvent silencieux, beaucoup de médecins ont appris à ne pas leur attribuer les douleurs. Résultat : des patients dont l'IRM montre pourtant des kystes volumineux s'entendent dire que leurs douleurs viennent d'ailleurs, voire qu'elles sont psychologiques. Cette errance peut durer des années, et il n'est pas rare qu'un patient ait consulté cinq ou six spécialistes avant d'obtenir une réponse.

La réalité est plus nuancée : tous les kystes ne sont pas responsables de douleurs, mais certains le sont. Tout l'enjeu de la consultation spécialisée est de faire la part des choses, par une analyse rigoureuse de la concordance entre les symptômes, l'examen clinique et l'imagerie.

Le diagnostic : trois examens complémentaires

Le bilan repose sur trois examens qui se complètent :

C'est la confrontation de ces éléments radiologiques avec les symptômes et l'examen clinique qui permet de dire si le kyste est la cause probable des douleurs, et quel traitement peut être proposé.

Les traitements standards, et leurs limites

Plusieurs techniques ont été proposées pour traiter les kystes de Tarlov symptomatiques. La littérature scientifique en montre les limites :

Comment j'opère : ponction et renfort de la paroi

La technique que j'ai développée part du mécanisme même de la maladie : une faiblesse de l'enveloppe des racines nerveuses, qui se dilate sous la pression pulsatile du liquide céphalo-rachidien. Elle traite cette cause sans sacrifier la racine. J'opère en trois temps :

J'ai décrit cette technique pour la première fois dans une publication scientifique portant sur une série de 20 patients opérés : 80 % des patients de cette série ont été améliorés, sans aucune aggravation neurologique postopératoire [4][4] Haouas MY, Khoulali M, En-Nhaili Z, El-Johani H, Rghioui M, Srour R. Traitement chirurgical des kystes de Tarlov sacrés : à propos de 20 cas. Pan Afr Med J. 2019 Jun 10;33:98. doi: 10.11604/pamj.2019.33.98.10760. PMID: 31489076; PMCID: PMC6711676.. Je l'ai affinée depuis, sur l'une des plus importantes séries de patients connues.

Comme pour toute chirurgie, les résultats varient d'un patient à l'autre, notamment selon l'ancienneté de la compression nerveuse, et ne peuvent jamais être garantis. J'expose en consultation les bénéfices attendus et les risques, et je ne retiens l'indication que lorsque le lien entre le kyste et les symptômes est jugé probable.

Après l'opération

L'hospitalisation est en général courte. Je revois chaque patient en consultation de contrôle, avec une IRM qui vérifie l'affaissement du kyste. La récupération des symptômes est souvent progressive : les racines nerveuses comprimées de longue date ont besoin de temps, et certaines séquelles peuvent persister lorsque la compression a duré des années. C'est l'une des raisons pour lesquelles une prise en charge précoce, dès que le diagnostic est établi, donne les meilleures chances de récupération.

Questions fréquentes

Non, dans l'immense majorité des cas. Un kyste asymptomatique découvert fortuitement ne nécessite aucun traitement. Une simple surveillance clinique suffit ; consultez si des symptômes évocateurs apparaissent.

Par la concordance entre trois éléments : vos symptômes (leur siège, leur caractère, leur aggravation en position assise), l'examen clinique, et l'imagerie (IRM et scanner). C'est précisément l'objet de la consultation spécialisée.

Non. La chirurgie n'est proposée qu'en cas de symptômes invalidants, résistant au traitement médical, et lorsque le lien entre le kyste et les douleurs est jugé probable. Dans les autres cas, la prise en charge de la douleur reste la règle.

J'aborde le kyste par une ouverture limitée, je le ponctionne à l'aiguille fine pour le vider, puis je renforce sa paroi par un manchon de dure-mère synthétique afin d'empêcher qu'il ne se dilate de nouveau. La technique est conçue pour être la moins invasive possible et préserver les fibres nerveuses.

Comme toute chirurgie au contact des racines nerveuses : fuite de liquide céphalo-rachidien, infection, aggravation transitoire ou persistante des symptômes. Ils sont détaillés en consultation et mis en balance avec le bénéfice attendu.

La majorité des patients opérés sont améliorés, mais le résultat ne peut jamais être garanti : des nerfs comprimés de longue date peuvent garder des séquelles. Plus la prise en charge est précoce, meilleures sont les chances de récupération.

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